Microsoft change sa stratégie en matière d'intelligence artificielle. Mustafa Suleyman, patron de l'IA chez le géant de Redmond, a confirmé au Financial Times que l'entreprise développe désormais ses propres modèles de pointe qui seront lancés en 2026. Ce virage stratégique marque une rupture forte avec la dépendance historique de Microsoft envers OpenAI, dans laquelle la firme a pourtant investi 13 milliards de dollars.​

Ce qu'il faut retenir :

  • Indépendance technologique : Microsoft développe ses propres modèles d'IA avancés et prévoit de les lancer dans le courant de 2026, réduisant ainsi sa dépendance à OpenAI​
  • Investissements colossaux : L'entreprise prévoit 140 milliards de dollars de dépenses d'investissement pour son exercice fiscal se terminant en juin, principalement pour construire l'infrastructure nécessaire à l'IA​
  • Diversification des partenaires : Microsoft a déjà intégré les modèles d'Anthropic (Claude) dans ses outils Microsoft 365 Copilot et héberge également des modèles de xAI, Meta, Mistral et Black Forest Labs​
  • Développement de puces propriétaires : La nouvelle puce Maia 200, dévoilée en janvier 2026, vise à réduire la dépendance aux processeurs Nvidia en améliorant l'économie de génération de tokens IA

Une stratégie d'autosuffisance

Mustafa Suleyman, ancien cofondateur de Google DeepMind arrivé chez Microsoft en 2024, a clairement affirmé l'ambition de la firme : « Nous devons développer nos propres modèles de fondation, à la pointe absolue de la technologie, avec une puissance de calcul à l'échelle du gigawatt et certaines des meilleures équipes d'entraînement d'IA au monde ». Cette déclaration intervient après une restructuration des liens entre Microsoft et OpenAI en octobre 2025, qui a assoupli les termes d'exclusivité entre les deux partenaires.​

Microsoft investit massivement dans l'assemblage et l'organisation de vastes ensembles de données nécessaires à l'entraînement de systèmes avancés. L'objectif affiché est de conquérir le marché des entreprises avec une AGI de niveau professionnel, des outils d'IA suffisamment puissants pour accomplir les tâches quotidiennes des travailleurs du savoir. Selon Suleyman, « la plupart des tâches des cols blancs assis devant un ordinateur, avocat, comptable, chef de projet ou marketeur, seront entièrement automatisées par une IA d'ici 12 à 18 mois ».​

Les premiers modèles maison déjà opérationnels

Microsoft a franchi une étape concrète en août 2025 avec le lancement de MAI-1-preview, qualifié de « modèle maison mixtes d'experts » qui a été pré-entraîné et post-entraîné sur environ 15 000 GPU NVIDIA H100. Ce modèle est conçu pour fournir des réponses utiles aux requêtes quotidiennes et suivre efficacement les instructions. Microsoft prévoit de l'intégrer progressivement dans certains cas d'usage textuels de Copilot.

Parallèlement, Microsoft a déployé MAI-Image-1, son premier modèle de génération d'images développé en interne, qui illustre la volonté de l'entreprise de renforcer son autonomie technologique. Ces lancements successifs démontrent que Microsoft ne se contente pas de faire des annonces : le géant américain construit des modèles à une échelle significative, sur la même infrastructure matérielle que ses concurrents.

La puce Maia 200 pour défier Nvidia

En janvier 2026, Microsoft a dévoilé la Maia 200, sa nouvelle puce positionnée comme un accélérateur d'inférence « conçu pour améliorer considérablement l'économie de la génération de tokens IA ». Cette puce équipée de plus de 100 milliards de transistors délivre plus de 10 petaflops en précision 4 bits et environ 5 petaflops de performance 8 bits, une augmentation substantielle par rapport à son prédécesseur.

Le nouveau chipset vise directement les solutions de Nvidia en associant du silicium personnalisé à un package logiciel destiné à desserrer l'emprise de CUDA. Selon Scott Guthrie, vice-président exécutif pour le cloud et l'IA chez Microsoft, la puce délivre 30 % de performance supplémentaire par rapport aux alternatives au même prix. Microsoft peut connecter jusqu'à 6 144 puces Maia 200 ensemble, ce qui diminue la consommation énergétique et les coûts totaux de possession.

Un partenariat avec OpenAI qui persiste malgré tout

Malgré ce repositionnement stratégique, Microsoft maintient officiellement sa relation avec OpenAI. L'accord négocié en octobre 2025 garantit à Microsoft une participation de 27 % dans la branche à but lucratif d'OpenAI et l'accès à ses modèles les plus avancés jusqu'en 2032, y compris les modèles post-AGI. Microsoft conserve également des droits sur la propriété intellectuelle et l'exclusivité de l'API Azure s'étend jusqu'en 2032.​

Cet arrangement offre toutefois à OpenAI davantage de liberté pour rechercher de nouveaux investisseurs et partenaires d'infrastructure, le transformant potentiellement en concurrent direct. OpenAI peut désormais chercher de la puissance de calcul ailleurs, tandis que Microsoft peut diversifier ses fournisseurs de modèles. Chacun prépare visiblement son après-partenariat exclusif.​

La grande diversification

Microsoft a délibérément élargi son écosystème d'IA en hébergeant des modèles de multiples fournisseurs dans ses centres de données. L'entreprise a investi massivement dans Anthropic, concurrent direct d'OpenAI, et a même accepté d'utiliser les modèles d'Anthropic dans les expériences Microsoft 365 Copilot après que des tests internes les ont trouvés meilleurs pour certaines tâches Office. Ce changement a impliqué de payer AWS pour l'accès, un choix stratégique significatif.​

Les équipes Windows et Microsoft 365 ont reçu l'ordre d'adopter Claude Code, au détriment de GitHub Copilot. Ce signal ne pouvait pas être plus clair : Microsoft veut être l'endroit où chaque modèle gagnant fonctionne, et souhaite qu'au moins un gagnant porte un badge Microsoft. Cette stratégie vise à garantir que mettre du « Copilot partout » ne dépende jamais d'un seul et unique fournisseur.​

Une ambition médicale de long terme

Au-delà de l'univers des entreprises, Microsoft cible également le secteur de la santé avec l'objectif de construire une superintelligence médicale capable d'aider à résoudre les crises de personnel et les temps d'attente dans les systèmes de santé surchargés. L'année dernière, l'éditeur a dévoilé un outil de diagnostic qui surpasserait les médecins sur certaines tâches.​

Mustafa Suleyman considère que le rôle ultime de l'IA est de servir de « professeur extraordinaire », de « médecin extraordinaire » et de compagnon de vie. Il explique que Copilot est conçu pour fonctionner comme un conseiller avisé qui permet aux individus d'atteindre leur plein potentiel, proposant un programme personnalisé pour aider chacun à apprendre ce qui l'intéresse.​

Un contexte financier tendu pour OpenAI

Ce repositionnement stratégique de Microsoft intervient à un moment particulièrement délicat pour OpenAI. L'entreprise dépense près d'un milliard de dollars par mois et un analyste renommé du Council on Foreign Relations prédit sa faillite dans les 18 prochains mois. Sam Altman multiplie les levées de fonds et cherche désespérément des liquidités auprès de toute la Silicon Valley. Même Nvidia est devenu frileux à l'idée d'investir 100 milliards de dollars dans la société.​

Cette annonce de Microsoft arrive donc au pire moment possible pour OpenAI, qui perd son plus gros client et protecteur au moment où sa survie financière est questionnée. Le pivot IA de Microsoft reste pourtant un échec commercial retentissant : malgré 88,7 milliards de dépenses en capital sur l'année fiscale 2025, Copilot plafonne derrière ChatGPT et Gemini avec seulement 1,1 % de parts de marché.​

Une maîtrise totale de la chaîne de valeur

Cette débâcle commerciale pousse justement Microsoft à reprendre le contrôle en interne plutôt que de dépendre d'un partenaire externe. Développer ses propres modèles offre une maîtrise totale sur les coûts, les performances et la feuille de route technologique. L'inférence est le domaine où les factures s'accumulent et où les hyperscalers veulent le plus de levier.​

Microsoft affirme qu'OpenAI reste son « partenaire modèle de pointe », mais cette affirmation masque un autre réalité : l'entreprise se donne une marge de manœuvre maximale pour négocier, pivoter et remplacer ses fournisseurs selon ses besoins.