Transparence : Abondance utilise l’IA à bon escient.En savoir plus
Abondance utilise l’IA à bon escient.
L’IA nous aide pour la veille et la préparation des articles, et chaque article est relu et validé par l’équipe éditoriale d’Abondance avant sa publication. Notre usage de l’IA.
Ce qu'il faut retenir :
- D'après Nozzle, 8 % des SERP collectées depuis le 13 septembre 2026 sont « empoisonnées », contre 0,17 % entre le 20 août et le 9 septembre, avec un pic à un quart des pages du 27 au 29 septembre.
- Ces pages s'affichent sans erreur ni captcha, mais leurs résultats organiques ne conservent que 20,7 % des sites habituels de la requête, au profit notamment de Reddit, Facebook et LinkedIn.
- Un site suivi sort du top 10 sur 58,6 % des SERP empoisonnées, mais 77,9 % d'entre elles retrouvent leurs sites habituels dans les trois jours qui suivent.
- Avant de signaler une chute de positions à un client, Rémy Blanchard (Foxglove) recommande de la confronter à la Search Console et à l'historique des sites habituels du mot-clé sur plusieurs semaines.
Nozzle mesure 8 % de SERP « empoisonnées » depuis septembre
L’étude a été publiée le 10 octobre 2026 par Nozzle, un outil de suivi de positions (ou rank tracker, qui relève régulièrement la place d’un site dans Google pour une liste de mots-clés). Elle s’appuie sur les données collectées jusqu’au 9 octobre dans 49 pays, sur desktop, iPhone et Android. Sur les 27,5 millions de pages de résultats collectées depuis le 13 septembre, 17,8 millions ont pu être analysées. Parmi elles, 8 % étaient « empoisonnées ». Sur la période de référence, du 20 août au 9 septembre, le taux n’était que de 0,17 %.
Nozzle décrit une chronologie :
- 13 septembre : les requêtes envoyées à Google commencent à échouer en masse, et moins de SERP parviennent aux outils pendant deux semaines.
- 20 septembre : les premières SERP empoisonnées apparaissent parmi les requêtes qui aboutissent.
- 27 au 29 septembre : le phénomène culmine, avec un quart des SERP touchées.
- Depuis le 1er octobre : le taux oscille entre 5 et 11 % par jour.
Pour qualifier une page d’empoisonnée, Nozzle définit d’abord les « sites habituels » de chaque mot-clé : ceux présents dans son top 10 sur au moins 60 % des SERP de la période de référence. Une SERP est jugée empoisonnée quand moins de la moitié de ces sites y figurent, sur l’ensemble de ses pages, et qu’ils réapparaissent ensuite. Nozzle précise que les derniers jours de ses courbes sont encore incomplets, puisqu’une SERP n’est classée empoisonnée qu’une fois les sites habituels revenus.
L’information a été relayée le 12 octobre par Barry Schwartz sur Search Engine Roundtable, qui attribue l’étude à Derek Perkins, de Nozzle. Le 14 octobre, Rémy Blanchard, expert SEO et GEO chez Foxglove, l’a également reprise sur LinkedIn.
Des pages normales en apparence, mais des résultats remplacés
Ce qui rend le phénomène particulièrement gênant, c’est qu’il ne laisse aucune trace visible. La page renvoyée n’affiche ni message d’erreur ni captcha (le test qui demande de prouver qu’on n’est pas un robot). Elle reprend le même gabarit et, selon Nozzle, la même version du frontend de Google qu’une page normale. Rien dans le code HTML ne la signale.
Les résultats, eux, ont changé. Nozzle illustre le phénomène avec la requête « white label local seo », collectée aux États-Unis le 4 puis le 7 octobre. La première SERP listait des prestataires SEO en marque blanche. Trois jours plus tard, les 9 sites de la page 1 avaient tous disparu, remplacés entre autres par un outil de développement WordPress, un steakhouse de Jackson Hole, un annuaire des services de santé des comtés et USA.gov. D’après Nozzle, Google a pris le mot « local » au pied de la lettre, et la pagination est passée de 10 pages à 3.
À l’échelle de l’étude, la part des sites conservés d’une SERP à l’autre s’effondre dans plusieurs zones de la page :
- Résultats organiques : 20,7 % des sites conservés sur une SERP empoisonnée, contre 88,5 % sur la période de référence.
- « Autres questions posées » (People also ask) : 46,9 %, contre 87,4 %.
- « Recherches associées » (People also search for) : 30,7 %, contre 87,9 %.
- Sources citées dans les AI Overviews : 42,3 %, contre 68,8 %.
- Pack local : 60,5 %, contre 85,8 %.
Seules les zones payantes résistent. Les résultats Shopping conservent 92,2 % de leurs éléments (contre 92,8 %) et les annonces en gardent même davantage qu’à l’ordinaire, 83,7 % contre 70,6 %. La composition des pages change aussi : l’AI Overview n’apparaît plus que sur 34,9 % des SERP empoisonnées, contre 54,2 % habituellement, tandis que les blocs d’images passent de 23,0 % à 44,2 %. Sur desktop, pour les mots-clés qui comptent d’ordinaire au moins 8 pages de résultats, 50,9 % des SERP empoisonnées s’arrêtent à la page 4 ou avant, contre 0,2 % en temps normal.
Les réseaux sociaux et les forums prennent la place
Nozzle a comparé la présence de certains sites dans le top 10 des SERP empoisonnées et des autres SERP des mêmes mots-clés :
- Reddit : de 20,8 % à 28,8 %, la plus forte hausse.
- Facebook : de 28,3 % à 33,8 %.
- LinkedIn : de 6,2 % à 9,3 %.
- Instagram : de 9,6 % à 12,1 %.
- Quora : de 5,3 % à 6,7 %.
- YouTube, Yelp et MapQuest : en recul, respectivement de 16,3 % à 13,9 %, de 12,9 % à 11,1 % et de 4,2 % à 3,5 %.
Sur les mots-clés américains, 14,2 % des SERP empoisonnées affichent dans leur top 10 un site sous extension nationale étrangère (un .ca ou un .co.uk, par exemple), contre 6,1 % des autres.
Le site suivi disparaît du top 10
Conséquence directe pour les reportings : sur les mots-clés où le site d’un projet fait partie des sites habituels, ce site est absent du top 10 sur 58,6 % des SERP empoisonnées. Ce taux était de 2,7 % sur la période de référence et de 10,2 % sur les autres SERP des mêmes mots-clés depuis le 13 septembre. Un rank tracker enregistre donc ces relevés comme une chute de positions.
L’épisode est généralement bref. Selon Nozzle, 80 % des « épisodes » d’empoisonnement ne concernent qu’une seule SERP, 15 % en touchent deux et 5 % trois ou plus. La SERP suivante retrouve ses sites habituels dans 55,9 % des cas, et 77,9 % des SERP empoisonnées sont rentrées dans l’ordre sous trois jours (deux jours en valeur médiane).
Pays, secteurs et types de requêtes ne sont pas touchés de la même façon
La France relativement épargnée, la Belgique et la Suisse nettement plus
Parmi les grands marchés, l’Australie (11,5 %), l’Inde (10,9 %) et le Canada (10,5 %) sont les plus touchés, devant les États-Unis (8,5 %). L’Allemagne, la France et l’Espagne se situent entre 3,4 et 4,3 %, et le Royaume-Uni ferme la marche à 3,0 %.
Les voisins francophones sont bien plus exposés. Nozzle relève 13,2 % de SERP empoisonnées en Belgique et 12,8 % en Suisse, ainsi que 18,8 % en Autriche. L’Afrique du Sud (18,4 %), les Émirats arabes unis (14,4 %), la Nouvelle-Zélande (13,8 %), la Norvège (13,1 %) et l’Arabie saoudite (12,9 %) dépassent eux aussi les 12 %. Le type d’appareil, en revanche, pèse peu : 7,7 % sur desktop, 8,3 % sur iPhone et 7,1 % sur Android.
Nozzle note aussi que le taux dépend du chemin emprunté par la requête pour atteindre Google. Entre le 30 septembre et le 9 octobre, l’une de ses voies de collecte renvoyait 1 à 7 % de SERP empoisonnées, une autre 9 à 30 %.
Le juridique et les services à domicile en tête aux États-Unis
Sur les SERP américaines, le secteur juridique est le plus touché depuis le 13 septembre (15,9 %), devant les services à domicile (12,7 %), les mariages (11,6 %) et le transport (11,0 %). L’animalerie (4,3 %) et l’automobile (5,3 %) sont les moins concernées. Tous les secteurs ont atteint leur pic entre le 27 et le 29 septembre, avec un maximum de 51,3 % pour les SERP juridiques le 27 septembre.
Les requêtes « près de oi » et la longue traîne plus exposées
Selon le type de recherche, les écarts sont les suivants :
- Requêtes « near me » (près de moi) : 11,4 % empoisonnées, contre 7,8 % pour le reste.
- Longue traîne : 9,4 % pour les expressions recherchées moins de 100 fois par mois, contre 6,1 à 7,1 % au-delà.
- Requêtes de marque : 5,3 % pour les requêtes les plus navigationnelles, le taux le plus bas.
- Ciblage local : aucun effet propre. Une même expression suivie à l’échelle nationale et locale, dans le même pays et sur le même appareil, affiche 7,5 % et 7,4 % sur 21 508 paires comparées.
Google vise les scrapers IA, les outils SEO sont pris dans les filets
Nozzle présente le phénomène comme une réponse de Google au scraping (l’extraction automatisée de données) et au grounding, c’est-à-dire la collecte massive de ses résultats pour alimenter les réponses d’IA. Les rank trackers, qui collectent les SERP de la même manière, en feraient les frais. L’étude insiste sur la logique de l’approche : une requête refusée pousse le robot à réessayer, alors qu’une page empoisonnée est enregistrée comme valide.
Derek Perkins a détaillé à Barry Schwartz ce qu’il décrit comme une stratégie de Google en trois volets :
- Blocage d’adresses IP à très grande échelle, visant notamment les grands réseaux de proxys résidentiels (des adresses IP de particuliers utilisées pour masquer des requêtes automatisées).
- Hausse nette de l’utilisation des captchas.
- Injection de données erronées dans les SERP jugées suspectes.
Barry Schwartz replace ces mesures dans une série d’initiatives antérieures. En juillet, Google a commencé à tester des redirections « goto » dans ses résultats pour mieux identifier les scrapers. Il évoque aussi le conflit entre Google et SerpApi, un fournisseur d’API de collecte de SERP, ainsi que la fin du paramètre num=100 en 2025, qui permettait d’afficher 100 résultats sur une seule page. Comme Nozzle, il estime que Google ne cible pas directement les outils SEO, mais les robots IA et SerpApi. Cette lecture reste une interprétation : aucune des sources ne cite de déclaration de Google sur le sujet.
Monitorank date le phénomène à mai
Le 13 octobre, Monitorank a réagi sur X en affirmant que le phénomène a débuté le 15 mai 2026. L’outil français décrit des résultats YouTube envahissant les pages 4 et 5, des sites disparaissant du top 10, voire un top 10 entièrement différent. Selon Monitorank, Google détecte comme robot une requête venant d’une adresse IP étrangère (via un VPN, par exemple), en navigation privée, qui demande des résultats français avec le paramètre gl=fr. L’éditeur indique avoir corrigé le problème rapidement, et signale une mise à jour similaire de Google le 25 septembre.
Ce calendrier diffère de celui de Nozzle, qui ne relève que 0,17 % de SERP empoisonnées sur sa période de référence (20 août au 9 septembre). Les deux observations ne portent pas forcément sur le même mécanisme. Monitorank affirme par ailleurs que son API de scraping, SEMScraper, n’est pas affectée, et dit avoir développé une application interne comparant cinq API concurrentes à la sienne et à un navigateur Chrome connecté servant de référence. Ces affirmations sont déclaratives et n’ont pas été vérifiées de façon indépendante.
Les éditeurs d’outils réagissent en ordre dispersé
Barry Schwartz rapporte que plusieurs outils ont publié des avertissements sur leur site, leur blog ou dans leur interface : Sistrix, DataForSEO (sur sa page de statut), Advanced Web Rankings et Morningscore. SE Ranking a indiqué le 12 octobre que des positions manquaient pour certains mots-clés sur Google, tout en assurant que l’essentiel du problème était résolu.
Le journaliste relève toutefois que beaucoup d’éditeurs n’ont pas répondu à ses sollicitations, et que certains ont confondu les redirections « goto », qu’il juge faciles à gérer pour les outils, avec les problèmes apparus en septembre. C’est l’injection de fausses données qui l’inquiète le plus : il estime que la plupart des outils ne la détecteront pas rapidement et pourront croire que tout fonctionne alors que leurs relevés sont faussés.
Comment distinguer un empoisonnement d’une vraie chute de positions
Nozzle liste plusieurs indices pour séparer un problème de données d’une baisse réelle :
- Comparer le résultat à l’historique du mot-clé, et pas seulement à la veille. La SERP de la veille peut elle-même avoir été empoisonnée. La référence la plus fiable reste l’ensemble des sites habituels de page 1 sur les semaines précédentes.
- Attendre quelques jours. Quatre épisodes sur cinq ne concernent qu’une SERP, et la plupart se résorbent sous trois jours. Une vraie perte de positions, elle, persiste.
- Observer la structure de la page. Les SERP empoisonnées affichent en moyenne moins souvent un AI Overview et des recherches associées, davantage de blocs d’images et de réseaux sociaux, et une pagination plus courte. Nozzle prévient qu’aucun de ces signaux n’est fiable isolément.
- Croiser avec la Search Console. Si un site « disparaît » alors que la Search Console continue d’enregistrer impressions et clics, il n’a rien perdu.
Rémy Blanchard en tire une règle de travail pour les agences : une chute d’un jour dans un reporting ne constitue pas un diagnostic. Avant de la signaler au client, il la compare à la Search Console et à l’historique des sites habituels du mot-clé sur plusieurs semaines. Si les impressions n’ont pas bougé, il considère qu’il ne s’est rien passé. Il conseille aussi, aux agences dont un client a paniqué fin septembre après une disparition de 24 h du top 10, de vérifier cette piste avant de lancer un audit.
La Search Console a toutefois ses limites : elle ne fournit ni données de clics ni données de requêtes pour la recherche générative, comme les AI Overviews et l’AI Mode. Sur ces surfaces, les professionnels restent dépendants d’outils tiers dont les relevés sont précisément ceux que Google cherche désormais à perturber.