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Ce qu'il faut retenir :

  • Google envoie depuis début novembre 2026 des e-mails et des notifications Search Console aux sites sanctionnés pour « site reputation abuse », selon des captures partagées par le consultant Glenn Gabe.
  • Ces messages confirment que les actions manuelles liées à cette politique n'ont plus d'effet sur les résultats montrés aux internautes de l'Espace économique européen depuis le 30 août 2026.
  • Le changement fait suite à la procédure ouverte par la Commission européenne le 13 novembre 2025 au titre du Digital Markets Act, qui jugeait la politique pénalisante pour les éditeurs de presse.
  • Pour les sites concernés, la sanction continue de s'appliquer hors EEE, et Google peut toujours traiter la section incriminée comme un site distinct dans son classement européen.

Google prévient les sites concernés par e-mail et dans la Search Console

L’information a été repérée par Glenn Gabe, consultant SEO, qui a publié des captures d’écran de l’e-mail envoyé par Google et de la notification équivalente dans la Search Console. Barry Schwartz l’a relayée dans un article publié sur Search Engine Land le 5 novembre 2026.

Le message est explicite. En voici une traduction : « Google a récemment apporté des modifications à sa politique de réputation de site au sein de l’EEE. Pour les pages qui faisaient auparavant l’objet d’une action manuelle au titre de cette politique, l’action manuelle précédente n’aura plus d’impact sur les résultats de recherche affichés aux utilisateurs situés dans l’EEE. » L’e-mail renvoie ensuite vers la page détaillant les changements de la politique et vers une page d’informations complémentaires.

Pour rappel, une action manuelle est une sanction appliquée après examen humain par l’équipe qualité de Google, et signalée au propriétaire du site dans la Search Console. L’EEE (Espace économique européen) regroupe les 27 États membres de l’Union européenne ainsi que l’Islande, la Norvège et le Liechtenstein.

Les actions manuelles restent actives en dehors de l’EEE

Ces notifications arrivent plus de deux mois après l’entrée en vigueur du changement. Google avait annoncé l’ajustement de sa politique dans l’EEE, après discussion avec la Commission européenne, dans un billet de blog publié le vendredi 28 août, pour une application au 30 août 2026.

Selon la documentation de Google, le traitement diffère désormais selon la localisation de l’internaute :

  • Hors EEE : une action manuelle pour site reputation abuse affecte directement les résultats de recherche pour la partie du site concernée. Comme auparavant, le reste du site n’est pas touché.
  • Dans l’EEE : l’impact de l’action manuelle ne s’applique pas. La section concernée peut toutefois être isolée dans les systèmes de Google afin qu’elle se classe, avec le temps, indépendamment du reste du site.

Les notifications d’actions manuelles continueront d’être envoyées, y compris aux sites basés dans l’EEE. Google précise que les propriétaires pourront toujours déposer une demande de réexamen et que les sites éligibles pourront, à la suite de cette demande, porter le litige en médiation. Comme une même page est consultée dans le monde entier, elle peut recevoir une action manuelle dont l’effet ne concerne que les résultats montrés hors EEE.

Une politique créée en 2024 pour lutter contre le « parasite SEO »

La politique site reputation abuse (abus de réputation de site) a été introduite en mars 2024, en même temps que la core update de mars 2024 et plusieurs autres règles anti-spam. Google l’avait présentée le 5 mars 2024, aux côtés des règles sur l’abus de domaines expirés et l’abus de contenu à grande échelle.

Elle vise le « parasite SEO » : l’hébergement, sur un site disposant d’une forte autorité, de contenus tiers (codes promo, comparatifs de produits, jeux d’argent, etc.) qui n’auraient jamais obtenu un tel classement seuls. L’application manuelle a débuté en mai 2024, et l’annuaire de coupons de Forbes a figuré parmi les premières victimes.

Le principe consistant à traiter une section de site comme un site à part entière n’est pas nouveau dans la lutte de Google contre ce type de pratique. Ce mécanisme algorithmique semble toujours à l’œuvre dans l’EEE. Seules les actions manuelles sont neutralisées pour les internautes européens.

La Commission européenne est à l’origine du changement

Le recul de Google s’explique par la pression réglementaire. La Commission européenne a ouvert le 13 novembre 2025 une procédure au titre du Digital Markets Act visant cette politique. Le DMA (Digital Markets Act, ou règlement sur les marchés numériques) encadre les pratiques des grandes plateformes désignées comme « contrôleurs d’accès », dont Google Search. Il permet à la Commission d’infliger des amendes pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires mondial annuel.

Bruxelles reprochait à la politique de rétrograder les médias et d’autres éditeurs dans les résultats de recherche lorsque leurs sites hébergeaient des contenus issus de partenaires commerciaux. Autrement dit, la Commission y voyait une atteinte aux modèles économiques des éditeurs, là où Google y voyait une protection de la qualité de ses résultats.

L’exécutif européen a salué la décision de Google. Son porte-parole Thomas Regnier a déclaré à Reuters se féliciter de l’abrogation d’une politique qui, selon lui, pénalisait injustement les éditeurs et les autres entreprises utilisatrices de Google Search, et a indiqué que la Commission surveillerait l’application de la nouvelle approche.

Google maintient sa position sur le fond

Google ne cache pas son désaccord. Un porte-parole a déclaré à Search Engine Land : « Nos utilisateurs européens ne sont pas moins agacés par le parasite SEO et les autres tactiques trompeuses de type “pay-to-play” qui dégradent les résultats de recherche, et nous maintenons notre politique de réputation de site. Bien que nous restions préoccupés par les tentatives d’affaiblir nos politiques anti-spam, nous avons accepté de modifier notre approche d’application pour les utilisateurs en Europe et de clarifier nos politiques afin de répondre aux préoccupations de la Commission européenne. »

Search Engine Land insiste sur un point : l’ajustement concerne uniquement la gestion des actions manuelles liées à cette politique pour les résultats affichés dans l’EEE. Google ne suspend pas et n’assouplit pas l’ensemble de sa lutte contre le spam en Europe. La documentation mise à jour remplace par ailleurs les exemples d’abus par une description plus détaillée de la façon dont Google les identifie, articulée autour de quatre facteurs.

Ce que la notification change concrètement pour les sites

Pour un site qui reçoit ce message, le constat est double. Sa visibilité auprès des internautes de l’EEE ne devrait plus être plombée par l’action manuelle. Mais la sanction reste pleinement active pour les recherches effectuées hors de cette zone, ce qui compte pour les sites francophones visant aussi la Suisse, le Québec ou l’Afrique francophone, ou pour les sites à audience internationale.

Une récupération de trafic dans l’EEE n’est pas pour autant garantie. La section incriminée peut toujours être isolée par les systèmes de Google et se classer indépendamment du reste du site, ce qui la prive en pratique de l’autorité du domaine hôte. Lors de l’annonce initiale, Barry Schwartz notait que les sites sanctionnés recevant du trafic depuis l’EEE pourraient voir ce trafic augmenter, tout en rappelant qu’enfreindre cette politique reste déconseillé pour qui veut se positionner hors EEE.

Reste la question du délai. Pourquoi Google a attendu plus de deux mois pour envoyer ces notifications. Pas d'explication à ce sujet pour le moment.