CrUX (Chrome User Experience Report)

Le Chrome User Experience Report, ou CrUX, est le jeu de données de Google qui agrège les mesures de performance vécues par les utilisateurs réels de Chrome sur les sites publics suffisamment visités. C'est la source unique des Core Web Vitals prises en compte par Google Search, et la donnée de terrain que l'on retrouve dans PageSpeed Insights, la Search Console, l'API CrUX, BigQuery et CrUX Vis.

Définition détaillée du CrUX

La documentation de Chrome définit le Chrome User Experience Report (aussi écrit Chrome UX Report, ou CrUX) comme « un jeu de données qui reflète la façon dont les utilisateurs réels de Chrome font l'expérience des destinations populaires du web ». C'est le jeu de données officiel du programme Web Vitals : toutes les métriques centrées sur l'utilisateur y sont représentées, à commencer par les trois Core Web Vitals, le Largest Contentful Paint (LCP), l'Interaction to Next Paint (INP) et le Cumulative Layout Shift (CLS).

La différence avec un outil comme Lighthouse tient en un mot : le terrain. Lighthouse charge une page une fois, dans un environnement simulé ; CrUX agrège des millions de chargements réels, sur les appareils, les réseaux et les lieux des visiteurs. Ce sont des données dites de terrain (field data), par opposition aux données de laboratoire (lab data). Elles sont publiques, sous licence Creative Commons Attribution 4.0, et la documentation précise qu'elles sont « utilisées par Google Search pour alimenter le facteur de classement lié à l'expérience de page ». C'est ce qui fait du CrUX la seule mesure de vitesse qui compte vraiment en SEO : quand Google évalue les Core Web Vitals d'un site, c'est cette donnée qu'il lit, pas un score d'audit.

D'où viennent les données

Les utilisateurs comptabilisés

Toutes les visites ne sont pas comptées. Pour qu'une expérience entre dans le CrUX, l'utilisateur doit avoir activé l'envoi des statistiques d'utilisation à Google, synchroniser son historique de navigation, ne pas avoir défini de phrase secrète de synchronisation, et utiliser une plateforme prise en charge : Chrome sur ordinateur (Windows, macOS, ChromeOS, Linux) et Chrome sur Android, y compris les onglets personnalisés et les WebAPK. Trois cas notables n'alimentent jamais le CrUX : Chrome sur iOS, les applications Android qui embarquent une WebView, et les autres navigateurs fondés sur Chromium comme Microsoft Edge. Google ne publie pas la proportion d'utilisateurs qui remplissent ces conditions. Un site dont l'audience est très majoritairement sur iPhone est donc mesuré à partir d'une fraction de ses visiteurs.

Les pages et les origines comptabilisées

Une origine (un site entier, identifié par son protocole et son nom d'hôte, par exemple https://www.exemple.fr) ou une page n'entre dans le jeu de données que si elle remplit deux conditions. Elle doit d'abord être publiquement découvrable, selon les mêmes critères d'indexabilité que ceux des moteurs de recherche : réponse HTTP 200 après redirections, pas d'en-tête X-Robots-Tag: noindex, pas de balise meta robots noindex. Elle doit ensuite être suffisamment populaire, c'est-à-dire recevoir un nombre minimal de visiteurs. Ce seuil n'est pas divulgué ; il est le même pour les pages et pour les origines, et une page peut en sortir ou y entrer au fil du temps sans qu'on puisse demander son inclusion. Une origine découvrable agrège les expériences de toutes ses pages, y compris celles qui, individuellement, ne sont pas assez visitées.

Quelques règles de traitement méritent d'être connues. Les paramètres d'URL et les fragments sont retirés, de sorte que ?utm_source=newsletter et #section sont rattachés à la page nue ; ce regroupement peut, à l'inverse, mélanger des pages distinctes qui ne diffèrent que par un paramètre. Les iframes ne sont pas mesurées séparément mais contribuent à la page hôte. Les applications monopages (SPA) posent une limite propre à la plateforme web : les transitions de route en JavaScript sont attribuées à la première page vue. Les origines sont stockées en minuscules. Enfin, les origines ou pages dont plus de 20 % du trafic est exclu pour cause de combinaisons de dimensions inéligibles sont retirées entièrement, et une légère part d'aléa est injectée pour empêcher de reconstituer des volumes de trafic.

Les métriques et les dimensions

CrUX ne stocke pas des visites mais des distributions. Chaque métrique est représentée par un histogramme (la part des chargements dans chaque tranche de valeurs) et par des percentiles, dont le 75e, qui sert de valeur de référence pour classer une page en bonne, à améliorer ou mauvaise. Outre le LCP, l'INP, le CLS et le First Contentful Paint, le jeu de données inclut le Time to First Byte (encore marqué expérimental), les sous-parties du LCP (type de ressource, délai de découverte, durée de chargement, délai de rendu), les types de navigation (chargement classique, retour arrière, rechargement, restauration depuis le cache) et le temps d'aller-retour réseau. Les données se ventilent par type d'appareil (téléphone, tablette, ordinateur) et, sur BigQuery, par type de connexion effective et par pays.

Les cinq accès au CrUX

PageSpeed Insights

C'est l'accès le plus courant. PageSpeed Insights affiche, pour une URL et pour son origine, les métriques CrUX des 28 derniers jours, mises à jour quotidiennement, avec le verdict de réussite ou d'échec des Core Web Vitals. Si la page n'a pas assez de données, l'outil se rabat sur l'origine.

L'API CrUX et l'API CrUX History

L'API CrUX donne un accès direct, à faible latence, aux mêmes données que PageSpeed Insights, au niveau de la page ou de l'origine, pour un type d'appareil donné ou tous confondus. Les données sont une moyenne glissante de 28 jours, mises à jour chaque jour vers 4 h UTC, sans garantie d'horaire. L'usage requiert une clé d'API Google Cloud ; le quota est de 150 requêtes par minute et par projet, gratuit, et il n'est pas possible d'en acheter davantage. L'API CrUX History, lancée en février 2023, suit la même structure mais renvoie des séries hebdomadaires sur six mois, ce qui permet de suivre l'effet d'une mise en production. La documentation de l'API PageSpeed Insights renvoie désormais vers ces deux API pour les données de terrain, qu'elle prévoit de ne plus inclure.

BigQuery

Le jeu de données brut est publié sur BigQuery, l'entrepôt de données de Google Cloud, sous le projet chrome-ux-report, avec un historique mensuel qui remonte à 2017. Chaque mois est livré le deuxième mardi du mois suivant sous forme d'une table all.YYYYMM, complétée de tables par pays et de tables de synthèse (materialized). C'est le seul accès qui permet de comparer des milliers d'origines entre elles, d'analyser un secteur ou de croiser avec le type de connexion, mais il se limite au niveau de l'origine, exige des notions de SQL et un projet Google Cloud avec une carte bancaire, l'interrogation restant gratuite dans les limites du palier gratuit mensuel de BigQuery.

CrUX Vis et l'ancien CrUX Dashboard

Le CrUX Dashboard, un rapport Looker Studio branché sur BigQuery, était l'outil historique de visualisation ; sa documentation le déclare désormais déprécié au profit de CrUX Vis (cruxvis.withgoogle.com). CrUX Vis s'appuie sur l'API CrUX History : chargement plus rapide, données hebdomadaires et non mensuelles, niveau URL en plus du niveau origine, métriques supplémentaires. Il présente cinq pages (Core Web Vitals, chargement, interactivité, stabilité visuelle, toutes les métriques) sur les 40 dernières semaines, chaque point hebdomadaire couvrant les 28 jours précédents. Il ne propose pas de personnalisation ; pour cela, il faut interroger l'API soi-même ou passer par un outil tiers.

La Search Console

Le rapport Core Web Vitals de la Search Console repose sur les mêmes données de terrain, présentées différemment : au lieu d'une URL à la fois, il regroupe les URL aux comportements similaires et signale les groupes en zone « à améliorer » ou « mauvaise », sur mobile et sur ordinateur. C'est l'entrée la plus pratique pour repérer un gabarit défaillant sur un site de plusieurs milliers de pages, avant d'en inspecter une URL représentative dans PageSpeed Insights.

Comment utiliser le CrUX en SEO

  • Partir du terrain, finir au laboratoire. Le CrUX dit où le problème existe pour les visiteurs (quelle métrique, quel type d'appareil, quel gabarit) ; Lighthouse dit ensuite pourquoi. Ouvrir un chantier de vitesse à partir d'un score de laboratoire, sans vérifier le terrain, conduit à corriger ce qui ne gêne personne.
  • Lire le mobile séparément. Les distributions par type d'appareil divergent souvent ; un site bon sur ordinateur et mauvais sur téléphone échoue sur la partie qui compte pour l'indexation mobile first.
  • Compter 28 jours. Toute correction met jusqu'à quatre semaines à se refléter pleinement ; l'API History ou CrUX Vis permettent de voir la pente avant la fin de la fenêtre.
  • Vérifier l'éligibilité avant de chercher un bug. Une page sans données n'est pas forcément lente : elle peut être trop peu visitée, en noindex, ou visitée surtout depuis iOS.
  • Suivre les concurrents. Les données étant publiques, l'API ou BigQuery permettent de comparer ses Core Web Vitals à ceux de n'importe quel site suffisamment visité.

Les limites du CrUX

La première limite est celle de l'échantillon : Chrome seulement, une partie de ses utilisateurs seulement, jamais iOS. Un site à forte audience iPhone, ou visité surtout depuis des applications en WebView, est mesuré sur une minorité de ses visites, et rien ne garantit qu'elle soit représentative.

La deuxième limite est le seuil de popularité, non publié. Une page de conversion importante mais peu visitée n'a pas de données propres, et la mesure d'origine qui la remplace est dominée par les pages les plus vues. À l'inverse, un site en dessous du seuil est invisible dans le CrUX ; cela ne l'empêche pas d'être classé, mais Google ne dispose alors d'aucune mesure d'expérience de page pour lui.

La troisième limite est l'inertie : une fenêtre de 28 jours lisse les incidents comme les progrès, et le jeu mensuel de BigQuery sort avec près de six semaines de décalage sur les premiers jours du mois mesuré. Enfin, le CrUX mesure, il n'explique pas : il faut toujours un outil de laboratoire, ou une instrumentation maison avec la bibliothèque web-vitals, pour identifier l'élément, le script ou la ressource responsables.

Sources :

FAQ

Le CrUX est-il un critère de classement Google ?

Pas directement, mais c'est la source du signal. La documentation de Chrome indique que les données CrUX sont utilisées par Google Search pour alimenter le facteur lié à l'expérience de page, dont les Core Web Vitals font partie. Le score Lighthouse, lui, n'entre dans aucun calcul de classement.

Pourquoi mon site n'a-t-il pas de données CrUX ?

Trois causes possibles selon la documentation : l'origine ou la page n'est pas publiquement découvrable (réponse HTTP autre que 200, en-tête ou balise noindex), elle ne reçoit pas assez de visiteurs éligibles pour dépasser le seuil de popularité, ou son audience vient surtout de plateformes non comptabilisées comme Chrome sur iOS, les WebView Android ou Microsoft Edge.

Quelle est la différence entre le CrUX et Lighthouse ?

Le CrUX agrège les expériences réelles des utilisateurs de Chrome sur 28 jours : ce sont des données de terrain, sans détail sur les causes. Lighthouse charge une page une seule fois dans un environnement simulé : ce sont des données de laboratoire, détaillées et reproductibles, mais qui peuvent s'écarter de ce que vivent les visiteurs. Google classe avec le premier ; on corrige avec le second.

Les données CrUX sont-elles gratuites ?

Oui. PageSpeed Insights, CrUX Vis et le rapport Core Web Vitals de la Search Console sont gratuits. L'API CrUX et l'API History demandent une clé Google Cloud, avec un quota gratuit de 150 requêtes par minute et par projet qui ne peut pas être augmenté. BigQuery est gratuit dans la limite du palier mensuel, mais exige une carte bancaire sur le projet.

À quelle fréquence le CrUX est-il mis à jour ?

L'API et PageSpeed Insights sont mis à jour chaque jour, vers 4 h UTC, sur une fenêtre glissante de 28 jours. L'API History et CrUX Vis publient un point par semaine. BigQuery reçoit une table mensuelle le deuxième mardi du mois suivant.

En résumé

  • CrUX : le jeu de données de Google qui agrège les mesures de performance vécues par les utilisateurs réels de Chrome ; c'est la source des Core Web Vitals utilisées par Google Search.
  • Éligibilité : utilisateurs de Chrome sur ordinateur et Android ayant activé le partage de statistiques (jamais iOS, WebView ni Edge) ; pages et origines publiques, indexables et assez visitées, selon un seuil non publié.
  • Données : histogrammes et 75e percentile du LCP, de l'INP, du CLS, du FCP et du TTFB, par type d'appareil, sur une fenêtre glissante de 28 jours.
  • Accès : PageSpeed Insights et API CrUX (quotidien, page et origine), API History et CrUX Vis (hebdomadaire), BigQuery (mensuel, origine, depuis 2017), rapport Core Web Vitals de la Search Console.
  • Limites : échantillon Chrome seulement, seuil de popularité, inertie de 28 jours ; le CrUX mesure, Lighthouse explique.

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Lexique Abondance.com

Publié le Mis à jour le

Victor Lerat

Victor Lerat

Directeur & Consultant SEO chez Abondance

Consultant SEO, Victor Lerat dirige Abondance depuis sa reprise par le groupe KHUMBU en 2023. Co-fondateur de l'agence KHOSI à Nantes, il accompagne marques et e-commerçants sur leur visibilité dans les moteurs de recherche et les moteurs de réponse IA, avec une appétence particulière pour la donnée : logs serveur, crawl et analytics.

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