Google a annoncé hier le projet Core Web Vitals qui viserait à prendre en compte à partir de 2021 des critères d'UX comme éléments de l'algorithme de pertinence du moteur. Il serait cependant de bon aloi de prendre un peu de recul et d'analyser cette annonce à l'aune du passé en revenant en arrière sur les événements de ces dernières années en termes de SEO et de nouveaux critères de pertinence annoncés par Google. On se calme et on boit un grand verre d'eau...

Le blog pour webmasters de Google a publié hier un billet sur le projet Core Web Vitals et son éventuelle implication comme critère de pertinence du moteur de recherche d'ici à l'année prochaine.

Grosso modo, le projet Core Web Vitals (dont le slogan est "essential metrics for a healthy site", ou "les mesures essentielles pour un site sain"), basé sur le programme Web Vitals, est un projet du groupe Chrome/Chromium qui a pour objectif de définir certaines métriques propres à définir quel est l'état d'un site en termes globaux d'UX, soit l'expérience de chargement, l'interactivité et la stabilité visuelle du contenu des pages d'un site.

Selon le blog pour webmasters de Google, ces différentes informations devraient (pourraient ?) être prises en considération par l'algorithme de pertinence du moteur de recherche pour aider au classement des pages à partir de l'année prochaine (2021).

   

Et si on tenait compte du passé ?

A peine cet article publié, on voyait déjà sortir les post expliquant que l'UX allait devenir prioritaire pour Google" (ah bon ? On croyait pourtant que c'était déjà le cas, non ?). C'est oublier un peu vite le passé qui devrait pourtant nous inciter à prendre un peu plus de recul sur ce type d'annonce…

Rappelons-nous du Mobilegueddon en mai 2015, un immense effet d'annonce sur la compatibilité mobile qui avait fait un énorme "pschittt" à l'époque. Rappelons-nous des annonces elles aussi fracassantes sur le passage en HTTPS qui allait "améliorer le référencement des sites". On s'est vite aperçu qu'il n'en était rien. Idem pour le temps de chargement des pages, que beaucoup ont pris pour argent comptant sans véritablement vérifier l'impact (pourtant quasi nul) de ce critère sur le ranking des pages. Finalement, Google a admis il y a quelques semaines que cela n'influençait que très peu le classement, comme on l'avait pourtant constaté depuis des lustres. Idem pour tout ce qui est UX (quoi que, sur ce point, le moteur de recherche a toujours été assez clair sur l'absence d'impact de ces critères d'UX en SEO).

On pourrait parler également de la recherche vocale, que certains prédisaient comme l'évident avenir du "search". Où sont-elles aujourd'hui, les "50% de recherches vocales en 2020" de la lunaire étude de Comscore il y a quelques années ? Cela aussi doit nous inciter à la prudence… Et à tester, analyser avant de s'emporter…

Cela fait donc des années que de nombreux référenceurs "se font avoir" par les annonces et la communication de Google en appliquant les yeux fermés ce que dit le moteur de recherche, sans véritablement tester par ailleurs ce qu'il en est.

L'annonce d'hier nous amène donc à être très prudent. Est-ce une énième annonce qui n'aura quasiment aucun poids in fine (comme cela se passe depuis plus de cinq ans) et une nouvelle tentative de stratégie de type FUD, chère à Matt Cutts à l'époque ?

     

L'UX ne pourra jamais être un critère de pertinence majeur

Que l'UX d'une façon générale soit prise en compte comme critère, après tout, pourquoi pas ? C'est tout sauf illogique… Car il s'agit d'un point important au yeux de nombreux internautes. Mais ça ne pourra jamais être un critère majeur. En effet, le but d'un moteur de recherche est de répondre de la façon la plus pertinente possible à l'intention de recherche de l'internaute. Et cela, l'UX ne pourra jamais permettre d'y arriver car ce n'est pas son job. En revanche, une fois que la réponse est identifiée, il peut être intéressant, lorsque les scores de pertinence de plusieurs résultats sont proches les uns des autres, de privilégier celui qui propose l'expérience utilisateur la plus appropriée. L'UX sera donc toujours un critère "light", bien que non négligeable. Si les moteurs donnaient une importance forte aux critères d'UX, ils failliraient à leurs tâches et à leurs objectifs qui sont de toujours fournir la réponse la plus appropriée à la requête demandée. La sémantique sera donc toujours plus forte que le confort de lecture, et c'est tout à fait logique.

La question qui va se poser, si tant est que Google exploite bien ce type de critère à l'avenir (et cela reste à prouver…) sera bien d'évaluer le poids de l'UX (et donc du temps de chargement des pages, de la compatibilité mobile, de l'usabilité, etc.) dans l'algorithme complet du moteur. Et ce poids sera certainement de "light" à "très light". Pour l'instant, nul ne le sait. Bref, rien ne va changer fondamentalement dans la méthodologie SEO, à notre avis… Mais nous seront les premiers à reconnaître notre erreur s'il en est différemment, bien sûr.

Finalement, le plus important dans tout cela, c'est réellement le fait que l'UX, c'est avant tout une stratégie basée sur l'internaute avant que d'être un travail d'optimisation SEO. Faites des sites web intéressants, pertinents, faciles à consulter et qui s'affichent vite, etc. Et l'internaute sera le premier à vous en remercier ! Et puis, ma foi, si cela plait également aux robots des moteurs et éventuellement à leurs algorithmes, ce sera un bonus, peut-être même un bonus non négligeable. Mais ne vous trompez pas de priorité ! L'UX ne sera jamais un critère SEO majeur, mais il est indispensable pour vos futurs visiteurs, ne l'oubliez pas !

Et surtout, testez, testez et testez toujours avant de suivre les pistes qu'on vous impose parfois. Réfléchissez, analysez, ne soyez pas des moutons et restez le propre maître de vos décisions !

Le projet "Core Web Vitals" expliqué par Google. Source : Google.