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Ce qu'il faut retenir :
- Nick Fox, SVP Knowledge & Information chez Google, affirme que les centaines de modifications imposées par le DMA rendent la recherche en Europe nettement moins bonne qu'ailleurs dans le monde.
- Selon lui, Google a dû alléger ses protections antispam en Europe, ce qui conduit à afficher des résultats de moindre qualité, notamment sur l'abus de réputation.
- Google a déposé le 29 septembre 2026 un recours devant le Tribunal de l'Union européenne contre l'obligation de partager des données de recherche, prévue pour janvier 2027.
- Nick Fox conteste à nouveau les études sur la baisse des clics liée aux AI Overviews, sans avancer de chiffres, ce qui laisse les éditeurs sans données officielles pour mesurer l'impact réel.
Nick Fox dit sa « tristesse » de dégrader la recherche en Europe
L'interview a été menée par Pietro Valetto et Nick Fox en a partagé un extrait sur LinkedIn.
Le dirigeant y revient sur les changements imposés par le DMA (Digital Markets Act, le règlement européen sur les marchés numériques qui encadre les grandes plateformes qualifiées de « contrôleurs d'accès »). Google avait déjà présenté ces changements comme la plus forte baisse de qualité de sa recherche en 28 ans d'existence. Nick Fox va plus loin sur le registre personnel : devoir dégrader le produit le fait se sentir « terrible » et le rend « triste ».
Sur LinkedIn, il pose le cadre : Google dit soutenir l'objectif du DMA, des marchés ouverts et concurrentiels, mais conteste la manière dont le texte est appliqué. Selon lui, chaque modification prise isolément paraît mineure, mais leur accumulation laisse aux Européens une recherche « nettement moins bonne que partout ailleurs ».
Prix, Maps, hôtels : les fonctionnalités retirées en Europe
Dans son post LinkedIn, Nick Fox affirme que Google a apporté « des centaines » de modifications à sa recherche en Europe en cinq ans. Il cite plusieurs exemples :
- Prix des produits : impossibilité de consulter le prix actuel d'un produit directement dans la recherche.
- Itinéraires : plus de clic direct vers Google Maps pour obtenir un trajet.
- Hôtels : suppression du filtre par dates de séjour.
- Vols : dans l'interview, il mentionne l'impossibilité d'afficher le prix d'un vol en temps réel.
Ces exemples sont présentés par Google comme des pertes pour l'utilisateur. Pour les acteurs tiers (comparateurs, agrégateurs, sites de voyage), ces retraits correspondent justement à l'espace que le DMA cherche à libérer.
Moins de protection antispam pour les résultats européens
Nick Fox évoque un autre effet, plus directement lié au SEO. Selon lui, Google a été « forcé de réduire » ses protections contre les sites qui cherchent à tromper ses algorithmes, et affiche donc des résultats de moindre qualité en Europe.
Dans l'extrait cité, il ne nomme pas de règle précise, mais cette déclaration semble avant tout viser l'abus de réputation de site. Pour rappel, cette règle antispam de Google sanctionne les contenus tiers publiés sur un site à forte autorité pour profiter de son classement. Cette pratique souvent appelée « SEO parasite ».
Autrement dit, Nick Fox pourrait sous-entendre que ces pratiques sanctionnées ailleurs pourraient rester visibles dans les résultats européens.
Google conteste devant la justice européenne le partage des requêtes
Le volet vie privée occupe une large part de l'interview. Une disposition du DMA oblige Google à transmettre des requêtes de recherche à des concurrents. Nick Fox estime que cela causera une « violation massive » de la vie privée des Européens. Ses arguments :
- Nature des requêtes : les questions posées au moteur portent souvent sur la santé, les finances ou la famille, des sujets que l'on n'aborde pas toujours avec son conjoint ou son médecin.
- Sécurité : une fois sorties des centres de données de Google, ces requêtes seraient exposées au piratage et à des usages abusifs.
- Concurrence : les bénéficiaires ne seraient « généralement pas des entreprises européennes », ce qui ne favoriserait pas réellement la concurrence en Europe.
- Anonymisation : dans son post, il juge que la décision n'impose pas d'anonymisation suffisante.
Le mardi 29 septembre 2026, Google a officiellement déposé des recours devant le Tribunal de l'Union européenne (la deuxième juridiction de l'UE). Ils visent deux décisions :
- Partage des données de recherche : échéance fixée à janvier 2027.
- Modifications sur Android : échéance fixée à juillet 2027.
Oliver Bethell, directeur senior de la concurrence chez Google, a déclaré que l'entreprise fait appel de décisions qui l'obligeraient à partager l'historique de recherche des internautes sans anonymisation suffisante et qui affaibliraient des protections de sécurité sur Android. Google avait été contraint en juin 2026 de permettre aux utilisateurs de transférer leurs données de recherche vers des tiers autorisés, comme des plateformes de récompenses ou des services de codes promo. Google a par ailleurs ouvert un programme de licence pour accéder à ces jeux de données.
L'enjeu financier est élevé. En cas de non-conformité au DMA, les amendes peuvent atteindre 10 % du chiffre d'affaires mondial annuel, 20 % en cas de récidive, auxquels peuvent s'ajouter des astreintes allant jusqu'à 5 % du chiffre d'affaires quotidien moyen.
Le zéro clic, « pas ce que nous constatons » selon Nick Fox
Le passage qui intéresse le plus les éditeurs arrive vers la douzième minute de la vidéo. Pietro Valetto explique qu'il ne clique souvent plus sur les liens, parce que le résumé généré par l'IA lui suffit.
Nick Fox répond que les internautes « cliquent encore beaucoup » vers le web. Il évoque les articles sur « la mort du web » ou le « zéro clic » (les recherches qui se terminent sans aucun clic vers un site), et affirme que ce n'est pas ce que Google observe. Il nuance toutefois : une question simple, à laquelle une réponse IA suffit, peut ne pas générer de clic. Mais selon lui, la plupart des recherches sont désormais plus longues et plus approfondies.
A noter que Nick Fox tenait déjà ce discours il y a un an, lorsqu'il remettait en cause les études sur les clics liés aux AI Overviews. Plusieurs études tierces ont mesuré une baisse des clics organiques en présence d'une AI Overview, comme l'étude d'Ahrefs sur l'impact des AIO en France un mois après leur déploiement. Google conteste ces études sans publier de données de clics ventilées permettant de les vérifier.
C'est la limite de cette prise de position : elle reste avant toute déclarative. Nick Fox ne cite par exemple aucun chiffre sur la part de recherches avec AI Overview suivies d'un clic, ni sur l'évolution du trafic envoyé aux sites. Les professionnels doivent donc continuer à s'appuyer sur leurs propres données (Search Console, analytics) pour mesurer l'effet réel sur leurs pages.