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Ce qu'il faut retenir :
- D'après une étude de Jan-Willem Bobbink publiée le 14 octobre 2026 sur GSC Wizard, les réponses brutes tapées à une IA (« yes », « ja », « yes please ») apparaissent comme requêtes sur 94 des 155 sites analysés.
- Ces réponses sont passées de 5,6 à 116 occurrences par million d'impressions entre juin 2025 et septembre 2026, soit 21 fois plus, tandis que les questions de relance ont été multipliées par 39.
- Sur le site médian, la part des requêtes « de forme conversationnelle » est passée de 0,032 % à 0,22 % des impressions, mais elle reste marginale : 0,13 % de l'ensemble des impressions étudiées.
- Ces requêtes affichent un taux de clic de 2,9 %, contre 35,6 % pour l'ensemble des requêtes : une impression sur ce type de requête signale une page affichée dans une conversation, rarement une visite à venir.
Jan-Willem Bobbink cherche l’AI Mode dans les requêtes de la Search Console
Pour rappel, l’AI Mode est le mode de recherche conversationnel de Google, qui répond aux questions par un texte généré par IA et permet d’enchaîner les relances comme dans un chatbot. Google l’intègre bien dans les données de la Search Console (GSC), mais sans le distinguer du reste du trafic. Selon la documentation d’aide de Google citée par l’auteur, une question de relance posée dans l’AI Mode est comptabilisée comme une nouvelle requête. Aucun filtre ne permet en revanche d’isoler ces requêtes.
C’est ce point de départ qu’a exploité Jan-Willem Bobbink, consultant SEO, dans une étude publiée le 14 octobre 2026 sur le site de GSC Wizard. Son raisonnement : faute d’étiquette, la seule preuve se trouve dans la forme des requêtes elles-mêmes. Une requête tapée dans un moteur ressemble à une requête. Un message adressé à un assistant ressemble à un message. « Yes please » n’a de sens que comme réponse à une proposition de l’IA.
L’auteur a classé toutes les requêtes de type « Web » de 155 propriétés Search Console, semaine par semaine, de juin 2025 à septembre 2026. Il s’est appuyé sur le classificateur du rapport « Query Analysis » de GSC Wizard. Trois catégories sont retenues comme « AI-shaped », c’est-à-dire de forme conversationnelle :
- Réponses brutes (« reply artefacts ») : des réponses sans contexte comme « yes », « sure », « show me » ou « try again ».
- Relances pivot (« pivot follow-ups ») : des comparaisons posées en cours de conversation, comme « what about gemini » ou « how about in chinese? ».
- Questions conversationnelles : des questions adressées à un interlocuteur, comme « is it free » ou « can you… ».
D’autres formes sont repérées mais exclues du décompte. C’est le cas des requêtes générées par les outils de suivi de visibilité dans les IA, des instructions machine entières enregistrées comme une seule requête, des opérateurs de recherche, des textes collés (messages d’erreur, par exemple) et des requêtes longues sans marqueur clair.
Les réponses tapées à l’IA ont été multipliées par 21 en seize mois
En juin 2025, les réponses brutes représentaient 5,6 occurrences par million d’impressions. En septembre 2026, elles atteignaient 116 et apparaissaient sur 94 des 155 sites. La hausse a démarré fin 2025 et s’est accélérée à partir de janvier 2026. Elle a culminé en avril et début mai 2026, entre 130 et 138 par million, avant de retomber à 68 la semaine du 22 juin, puis de remonter vers 120 en septembre.
La réponse la plus fréquente est aussi la plus simple : « yes », relevé sur 77 sites. Viennent ensuite ses équivalents dans d’autres langues (« ja », « si », « oui », « да »). Voici les exemples les plus répandus par catégorie, l’auteur ne citant que des requêtes présentes sur au moins trois sites :
- Réponses brutes : « yes » (77 sites), « ja » (73 sites), « yes please » (62 sites).
- Relances pivot : « what about this » (20 sites), « what about salary » (13 sites), « how about this » (12 sites).
- Questions conversationnelles : « in english please » (35 sites), « give me more » (20 sites), « is it good » (19 sites).
Pour Jan-Willem Bobbink, ce schéma correspond à un assistant qui termine sa réponse par une proposition (« voulez-vous que je cherche des offres d’emploi près de chez vous ? ») et à un utilisateur qui accepte.
Les relances progressent encore plus vite, à partir d’une base très faible
Les relances pivot sont le signe le plus net d’une conversation : « what about accounting » ne veut rien dire sans échange préalable. Ce sont aussi les plus rares, avec 13 129 impressions sur toute la période. Leur croissance est pourtant la plus forte : de 0,12 à 4,6 par million d’impressions, soit 39 fois plus, l’essentiel de la hausse intervenant après mai 2026.
L’auteur invite lui-même à manier ce multiple avec prudence. Sur une base aussi réduite, un seul site gagnant quelques centaines d’impressions suffit à faire bouger la courbe. La tendance se vérifie d’un site à l’autre, mais pas le chiffre exact.
Le site médian voit sept fois plus de requêtes conversationnelles
Selon la façon dont on agrège les données, l’étude aboutit à deux résultats opposés. Si l’on prend la part de requêtes conversationnelles propre à chaque site et que l’on regarde le site médian (celui qui se situe au milieu de l’échantillon), elle passe de 0,032 % à 0,22 % des impressions, soit une multiplication par sept. Si l’on cumule toutes les impressions de tous les sites, cette part recule au contraire de 0,31 % à 0,10 %, soit une baisse de 68 %.
L’explication tient à quelques très gros sites, qui pèsent l’essentiel du volume et dont les questions conversationnelles ont chuté au second semestre 2025. Dans le total cumulé, ces questions passent de 0,31 % à 0,089 % des impressions.
Les deux autres catégories progressent malgré tout :
- Réponses brutes : de 0,00056 % à 0,012 % de l’ensemble des impressions (x21).
- Relances pivot : de 0,000012 % à 0,00046 % (x39).
Pour l’auteur, la médiane répond mieux à la question « que vais-je voir dans ma propre Search Console ? ». Il n’a retenu pour ce calcul que les sites présents dans au moins 90 % des semaines, afin d’éviter qu’un site connecté en cours de route ne crée une fausse croissance. Dans tous les cas, les volumes restent faibles : les requêtes conversationnelles pèsent 0,13 % de l’ensemble des impressions. L’auteur le résume ainsi : c’est la croissance qui compte, pas la taille.
Les requêtes conversationnelles ne génèrent presque pas de clics
Sur l’ensemble de la période, les requêtes de forme conversationnelle affichent un taux de clic de 2,9 %. Toutes requêtes confondues, il atteint 35,6 %. L’auteur précise que ce dernier chiffre est gonflé par les grandes marques recherchées par leur nom : l’écart est donc moins marqué pour un site moyen.
Le détail par catégorie est instructif :
- Réponses brutes : 4,7 %, le taux le plus élevé, car une réponse du type « oui, montre-moi » appelle souvent une liste de liens.
- Questions conversationnelles : 2,8 %.
- Relances pivot : 1,5 %.
Autrement dit, l’internaute qui converse avec une IA lit surtout la réponse et choisit rarement un lien. Pour Jan-Willem Bobbink, une impression sur « what about logistics » signifie que la page a été affichée dans une conversation, pas que l’internaute s’apprêtait à la visiter.
Les germanophones disent merci à l’IA, les Indonésiens jamais
La moitié des impressions conversationnelles (49,8 %) concernent l’anglais. Suivent le néerlandais (6,0 %), puis le portugais, le danois, l’espagnol, le français et le suédois. Au total, 27 langues sont représentées. L’auteur reconnaît que cette répartition reflète en partie la composition de son échantillon, où les sites néerlandais et internationaux sont nombreux. Plus d’un tiers des requêtes n’ont pu être rattachées à aucune langue, un « ok » étant trop court pour être identifié.
L’étude s’est aussi intéressée à la politesse. Parmi les réponses affirmatives, l’auteur a compté celles qui contiennent un mot de type « s’il vous plaît » ou « merci » :
- Allemand : trois réponses sur quatre contiennent « bitte » ou « gerne », et « ja bitte » apparaît sur 52 sites.
- Suédois, danois et norvégien : 88 % (« ja tack », « ja tak », « ja takk »), mais sur 22 sites seulement.
- Néerlandais : 67 %, avec « graag » et « ja graag » présents chacun sur 46 sites, soit davantage qu’un simple « ja ».
- Anglais : 40 %, avec « yes please » sur 62 sites contre « yes » sur 77.
- Indonésien : aucune formule de politesse sur les 40 sites concernés, uniquement « ya » et « iya ».
Le hongrois, l’hébreu, le persan, le finnois, le croate, le serbe et l’ukrainien se situent à une occurrence sur dix ou moins. L’auteur y voit une habitude linguistique plutôt que de l’impolitesse : un simple « kyllä » est une réponse normale en finnois, et en japonais, はい est déjà poli en soi (お願いします, « s’il vous plaît », apparaît tout de même sur 17 sites). En français, 50 % des réponses contiennent « merci », ou « svp ».
Des signaux à surveiller dans ses propres rapports, avec prudence
Pour les professionnels du SEO, l’étude fournit d’abord une méthode simple : rechercher dans le rapport « Performances » de la Search Console des requêtes qui n’ont de sens que dans une conversation (« oui », « et pour… », « en anglais svp »). Leur présence indique qu’une page a été affichée dans un échange avec l’AI Mode. Leur faible taux de clic invite aussi à relativiser certaines baisses de CTR : une hausse d’impressions sur ce type de requête peut faire mécaniquement reculer le taux moyen d’une page sans que son positionnement ait changé.
L’étude comporte toutefois des limites, que l’auteur détaille lui-même :
- Échantillon : 155 propriétés connectées à un seul compte GSC Wizard, mêlant sites clients et sites personnels de l’auteur, avec une surreprésentation des sites néerlandais et internationaux.
- Nature des données : il s’agit d’une inférence, pas d’une mesure. Une relance peut provenir d’un autre assistant dont les messages aboutissent dans Google, ou d’un internaute qui cherche comme il parle. « Ja » ou « si » peuvent aussi correspondre à une marque ou une abréviation.
- Requêtes anonymisées : la Search Console masque les requêtes rares, si bien que tous les chiffres portent uniquement sur les requêtes que Google affiche.
- Semaines récentes : elles sont légèrement sous-estimées, une relecture de 36 sites ayant montré environ 16 % d’impressions supplémentaires sur ces périodes. Les chiffres récents seraient donc plutôt trop bas que trop élevés.
L’étude est par ailleurs publiée sur le site d’un éditeur d’outil, qui propose de reproduire l’analyse via son rapport payant après sept jours d’essai. Aucune source indépendante ne recoupe pour l’instant ces chiffres. Reste une question que l’étude ne peut trancher : tant que Google ne distingue pas l’AI Mode dans la Search Console, ces requêtes « orphelines » demeurent l’une des seules traces disponibles pour les éditeurs de sites.