Liz Reid, directrice de Google Search, a accordé une interview rare et franche sur l'évolution de son produit à l'heure de l'IA. Entre convergence incertaine avec Gemini, lutte contre le contenu de mauvaise qualité et paris sur la personnalisation, voici ce que l'on retient de ses déclarations.
Ce qu'il faut retenir :
- Liz Reid ne sait pas si Google Search et Gemini fusionneront un jour, et elle le dit ouvertement.
- Google Search continue de croître malgré la montée des outils IA concurrents : ce n'est pas un jeu à somme nulle.
- La personnalisation est identifiée comme le prochain grand chantier de Google Search.
- Le slop (contenu de mauvaise qualité généré massivement) existait avant l'IA, mais l'IA l'a rendu beaucoup plus scalable.
Liz Reid dirige Google Search depuis 2024, après avoir passé plus de 22 ans chez Google. Elle a pris les rênes du produit au moment précis où la panique autour de ChatGPT atteignait son pic en interne. Dans une interview accordée au podcast ACCESS (à découvrir ci-dessous), animé par Alex Heath et Ellis Hamburger, elle s'est montrée inhabituellement ouverte sur les incertitudes qui entourent l'évolution de Search.
Search n'a jamais été un produit figé
Première chose à comprendre : Google Search a toujours évolué. Knowledge Graph, BERT, MUM, Google Lens, le moteur de recherche intègre de l'IA depuis des années. L'arrivée des grands modèles de langage ne représente donc pas une rupture totale, mais une accélération. Liz Reid insiste sur ce point pour replacer le débat dans son contexte : ce que l'on vit aujourd'hui s'inscrit dans une longue trajectoire de transformation.
Pour autant, Google prend très au sérieux sa responsabilité vis-à-vis du rythme du changement. Trop vite, et les utilisateurs sont perdus. Trop lentement, et Google rate des opportunités majeures. D'où le recours systématique aux labs, aux opt-in et aux déploiements progressifs. Les AI Overviews, par exemple, ont été adoptées rapidement par les utilisateurs, un signal positif pour l'équipe.
Gemini et Search : deux produits distincts… pour l'instant
La question qui revient sans cesse : Google Search et Gemini vont-ils finir par ne faire qu'un ? Reid répond sans détour : « Je ne connais pas la réponse. » Les deux produits partagent les mêmes modèles sous-jacents et collaborent pour les améliorer, mais ils répondent à des usages différents. Gemini est orienté productivité et création ; Search, lui, est centré sur l'information et la connexion au web.
Dans certains domaines, les deux produits convergent. Dans d'autres, ils divergent activement. Et avec l'essor des agents IA, Reid évoque même la possibilité que « le bon produit ne soit ni l'un ni l'autre », mais quelque chose de totalement nouveau. Une façon honnête d'admettre que personne, pas même chez Google, ne sait exactement où tout cela mène.
Les agents IA ne remplaceront pas tout
Les agents IA vont prendre en charge une grande partie du travail de recherche et de traitement de l'information. Mais Liz Reid est claire : ils ne seront pas exclusifs. Les utilisateurs veulent toujours entendre directement les sources. Le rôle de Search reste donc d'orienter vers le bon contenu, pas de tout synthétiser à la place de l'utilisateur. Google s'adaptera aux agents IA comme il s'est adapté au mobile, c’est-à-dire en intégrant la nouvelle réalité sans abandonner ce qui fait son cœur de métier.
La guerre contre le slop, un combat de longue date
Le « slop », ce contenu médiocre, générique et produit en masse qui inonde le web, n'est pas une invention de l'IA générative. Il existait bien avant. L'IA n'a fait que le rendre massivement plus scalable. Google a donc de l'expérience dans cette lutte, notamment contre le spam. Le défi aujourd'hui : l'IA peut produire d'excellent contenu comme du contenu inutile. Google doit trier, détecter, valoriser le bon. Et les éditeurs, de leur côté, ont une responsabilité : produire du contenu de qualité qui mérite d'être mis en avant.
Liz Reid note également un glissement des usages : les internautes se tournent de plus en plus vers le contenu généré par les utilisateurs (UGC) et les podcasts, au détriment des médias traditionnels. Le rôle de Google est de faire remonter ce contenu de qualité, quelle que soit sa forme : texte, audio, vidéo.
La personnalisation, prochain grand chantier de Google
C'est peut-être l'annonce la plus concrète de l'interview. Google travaille sur ce qu'il appelle la « Personal Intelligence », une première brique vers un Search qui s'adapte aux préférences de chaque utilisateur. Concrètement, cela pourrait se traduire par la possibilité d'indiquer à Google les sites que l'on préfère, pour qu'il les mette davantage en avant. Ou encore de s'assurer que les contenus derrière un paywall auquel l'utilisateur est abonné remontent en priorité dans ses résultats, puisque lui seul y a accès.
La patronne de Google Search y voit une opportunité réelle : montrer à chaque utilisateur le contenu qu'il fait confiance, venant des sources qu'il suit. Un chantier ambitieux, qui soulève autant de questions techniques qu'éthiques, mais qui illustre la direction que Google veut prendre face à des concurrents comme ChatGPT.
Google Search croît, malgré tout
Dernier point notable : malgré la multiplication des outils IA,ChatGPT, Perplexity, et d'autres, Google Search continue de croître. Les utilisateurs jonglent entre plusieurs outils, mais ils reviennent aussi sur Google. Ce n'est pas un jeu à somme nulle, répète Liz Reid. Une façon de rassurer, certes, mais aussi de pointer une réalité : changer ses habitudes de recherche prend du temps, et « les habitudes des gens ne sont pas encore solidifiées », comme elle le dit elle-même.







