Ça dépend.
Le débat a été relancé récemment sur LinkedIn : certains affirment que le netlinking ne servirait plus à rien dans le SEO moderne.
Chez Abondance, nous avons décidé d'inaugurer notre nouvelle catégorie d'articles bien nommée "Ça dépend" pour répondre à cette affirmation avec la nuance qu'elle mérite.
Alors, le netlinking est-il un vestige du passé ou un levier toujours indispensable ? Voici notre analyse.
Le PageRank : l'ADN de Google n'a pas changé
Affirmer que les liens ne servent plus à rien revient à dire que Google a changé de moteur. Si l'algorithme a considérablement évolué, son fondement reste le PageRank. Le brevet initial (US6285999B1) n'a jamais été révoqué. Le lien est la preuve d'une recommandation tierce.
- Les faits : lors du Pubcon Austin en septembre 2023, Gary Illyes (Google) a secoué la communauté en affirmant que les liens n'étaient plus dans le "Top 3" des signaux de classement. Cependant, la réalité est plus subtile. S'il a admis qu'un site pouvait techniquement ranker sans liens (en citant un cas d'école très rare d'une page trouvée via un sitemap), il a aussi rappelé que pour la vaste majorité des contenus, les liens restent le moteur de la découverte et de la confiance.
- L'autorité via l'E-E-A-T : les Search Quality Rater Guidelines de Google demandent explicitement aux évaluateurs de vérifier la réputation d'un site sur des sources tierces. Un site dont personne ne parle (et vers lequel personne ne pointe) aura toujours plus de mal à prouver son autorité sur des sujets sensibles (YMYL).
Pourquoi certains pensent que "ça ne marche plus"
Si le netlinking est critiqué, c'est parce que la pratique a été polluée par une offre de basse qualité. C'est ici que notre "Ça dépend" prend tout son sens :
- Les fermes à liens et l'indexation : un lien sur un site qui ne fait que "vendre du lien" sans ligne éditoriale, ou sur une page non indexée, n'apporte strictement rien.
- Le site "passoire" : faire du netlinking sur un site techniquement défaillant ou avec un contenu médiocre, c'est comme essayer de remplir un seau percé. Le netlinking n'est pas un remède miracle aux carences structurelles.
- Le marché est hétérogène : s'il y a effectivement des abus, il existe aussi des plateformes et des vendeurs de liens qui font remarquablement bien leur travail. Ils dénichent des sites avec une vraie thématique et un trafic réel, apportant une valeur ajoutée indéniable.
- L'ombre de Navboost : c'est sans doute le point le plus crucial révélé par les récentes fuites de données de Google (2024). Le système Navboost prouve que Google utilise massivement les signaux de clics et le comportement des utilisateurs pour valider la pertinence d'un résultat. Un lien "mort", posé sur une page qui ne reçoit jamais de visite, n'envoie aucun signal positif via Navboost. Pour Google, si personne ne clique sur un lien, c'est qu'il n'a probablement aucune valeur éditoriale.
Notre constat : un levier de performance (sous conditions)
À travers nos accompagnements clients et nos propres expériences, le constat est sans appel : sur des requêtes très concurrentielles, le netlinking fait souvent la différence entre la deuxième page et le Top 3.
Cependant, la stratégie doit être chirurgicale :
- Priorité à la qualité : un seul lien depuis un média de référence dans votre secteur vaut mieux que 100 liens sur des sites "généralistes" sans trafic.
- La thématique avant tout : la proximité sémantique entre la source et la cible est devenue l’un des critères les plus importants de l'efficacité d'un lien.
- L'indexation : si le lien n'est pas vu par Google, il n'existe pas. C'est le problème majeur de beaucoup de liens vendus à bas prix aujourd'hui.
- Le site propre d'abord : il est indispensable d’avoir un site sain techniquement et un contenu utile avant de parler de netlinking. Le lien vient valider votre qualité, il ne la remplace pas.
L'avenir : des liens aux mentions à l'ère de l'IA
Le netlinking évolue. Avec l'arrivée des LLM et des moteurs de réponse (IA), la notion de citation devient capitale. Être mentionné par une source d'autorité, même sans lien hypertexte cliquable (ce qu'on appelle les "liens textuels" ou "mentions"), permet aux modèles d'IA de vous associer à une thématique. La citation influence les réponses des agents conversationnels. Le netlinking moderne, c'est autant du SEO que de la gestion de réputation.
En résumé : peut-on ranker sans liens ?
Oui, mais ça dépend ! Sur des niches très spécifiques ou des requêtes de longue traîne peu concurrentielles, un excellent contenu et une technique parfaite peuvent largement suffire.
Cependant, prétendre que le netlinking est mort est une erreur de lecture des signaux envoyés par Google : ce n'est pas le lien qui meurt, c'est la tolérance de Google envers la médiocrité. Prôner son inutilité est un raccourci dangereux qui ignore la manière dont l'algorithme hiérarchise encore la confiance à l'échelle du web mondial.
Le netlinking n'est pas mort, il est simplement devenu plus exigeant. Il ne doit plus être vu comme un "truc de SEO" pour manipuler les résultats, mais comme la validation finale de votre autorité. Avant de jeter la pierre aux liens, assurons-nous d'abord de proposer un site utile à l'utilisateur et irréprochable techniquement. Le lien viendra alors confirmer ce que vous avez déjà prouvé : votre valeur.







