En bouclant la plus grosse levée de fonds de son histoire, OpenAI accélère sa course vers la rentabilité et prépare activement son entrée en bourse. Derrière les chiffres records se dessine une stratégie claire : tout miser sur une « super-application » agentique pour dominer l'usage quotidien de l'IA.
Ce qu'il faut retenir :
- OpenAI a levé 122 milliards de dollars, portant sa valorisation à 852 milliards, grâce notamment à Amazon (50 Md), Nvidia et SoftBank (30 Md chacun).
- L'entreprise génère désormais 2 milliards de dollars de revenus mensuels, mais ses coûts d'infrastructure augmentent encore plus vite.
- OpenAI prépare une « super-application" » fusionnant ChatGPT, Codex et la navigation web pour créer un point d'entrée unique vers l'IA.
- Sous la pression de Google et d'Anthropic, OpenAI a fermé des projets emblématiques comme Sora pour recentrer ses ressources sur les usages professionnels.
OpenAI vient de boucler son tour de table le plus ambitieux à ce jour : 122 milliards de dollars levés, dépassant les 110 milliards initialement annoncés fin février. L'opération propulse la valorisation de l'entreprise à 852 milliards de dollars, consolidant sa position de leader mondial de l'IA générative à quelques mois d'une introduction en bourse dont la date reste encore à préciser.
Le financement repose sur trois investisseurs stratégiques majeurs annoncés dès le 27 février :
- Amazon apporte 50 milliards de dollars, bien que 35 milliards restent conditionnés à une IPO ou à l'atteinte de l'intelligence artificielle générale (AGI).
- Nvidia et SoftBank contribuent chacun à hauteur de 30 milliards.
- À cela s'ajoute une nouveauté significative : plus de 3 milliards de dollars ont été récoltés auprès d'investisseurs particuliers via des canaux bancaires, une première qui illustre la préparation méthodique de la société en vue d'une éventuelle cotation.
- OpenAI a par ailleurs intégré plusieurs ETF gérés par ARK Invest, ouvrant encore davantage son capital, et renforcé sa ligne de crédit renouvelable à 4,7 milliards de dollars, soutenue par JPMorgan Chase, Citi et Goldman Sachs, sans toutefois l'utiliser.
Une « super-application » pour tout centraliser
L'argent levé doit financer une ambition précise : créer une application unique capable de tout faire. OpenAI a officiellement confirmé son projet de fusionner ChatGPT, fort de ses 900 millions d'utilisateurs hebdomadaires, avec son outil de codage Codex et des fonctionnalités de navigation internet.
L'objectif est de proposer un système qui comprend les intentions des utilisateurs et agit de façon autonome à travers différentes applications et flux de travail. Codex, justement, dépasse désormais deux millions d'utilisateurs hebdomadaires, soit cinq fois plus qu'il y a un trimestre.
Cette stratégie d'unification répond à une logique simple : celui qui contrôle le point d'entrée quotidien vers l'IA contrôle le marché. OpenAI veut devenir ce point d'entrée universel.
Des revenus records, mais des coûts qui explosent
Sur le plan financier, la situation est contrastée. OpenAI annonce 13,1 milliards de dollars de chiffre d'affaires pour 2025 et atteint désormais 2 milliards de dollars de revenus mensuels. Des chiffres impressionnants, mais insuffisants pour couvrir des coûts d'infrastructure qui augmentent encore plus vite, principalement liés à la construction et à l'exploitation de gigantesques centres de données.
Pour soutenir cette infrastructure, l'entreprise s'appuie sur un écosystème de partenaires volontairement diversifié : Microsoft, Oracle, AWS, CoreWeave et Google Cloud pour le cloud, Nvidia, AMD et Cerebras pour les semi-conducteurs, avec en parallèle le développement d'une puce propriétaire en collaboration avec Broadcom. La logique est celle d'un cercle vertueux assumé : plus de puissance de calcul génère de meilleurs modèles, de meilleurs modèles produisent de meilleurs produits, et de meilleurs produits stimulent les revenus.
Le recentrage forcé face à la concurrence
Derrière cette levée de fonds se cache aussi une pression concurrentielle croissante. En six mois, OpenAI a révisé sa feuille de route à deux reprises, d'abord face à Google et à l'essor de Gemini, puis face à Anthropic, dont les modèles Claude gagnent du terrain chez les spécialistes et dont le rythme de croissance des revenus pourrait bientôt dépasser celui d'OpenAI selon certains experts.
Pour répondre à cette menace, Sam Altman a engagé fin mars une réorganisation profonde :
- Fermeture de Sora, le service de génération de vidéos, une décision qui a pris de court Disney, pourtant lié à OpenAI par un contrat d'un milliard de dollars signé en décembre ;
- Abandon pure et simple des projets de chatbots pour adultes ;
- Concentration de toute la puissance de calcul sur les usages professionnels et le développement de Codex.
L'entreprise, qui explorait encore il y a six mois des dizaines de directions simultanément, des appareils grand public à la publicité en passant par un partenariat avec Mattel autour de Barbie, a finalement tranché : un seul système, une seule priorité.







